Nouvelle stratégie en matière de politique de sécurité de la Suisse : nos recommandations pour une paix durable

6. Avr 2026 | actualité, prise de position

Pas de paix sans durabilité : Dans sa prise de position relative à la consultation sur la nouvelle Stratégie en matière de politique de sécurité 2026, la Plateforme Agenda 2030 est clair : une approche traditionnelle, focalisée principalement sur la défense militaire, ne suffit plus. Elle plaide pour une approche globale centrée sur l’être humain, qui renforce la société civile et place les objectifs de développement durable (ODD) au cœur de l’action.

« There is no peace without sustainable development, no sustainable development without peace ». Cette citation, tirée du rapport du Secrétaire général de l’ONU intitulé “The Security We Need” illustre le rôle crucial de l’Agenda 2030 et de ses 17 ODD pour le fondement d’une paix durable et d’une stabilité accrue dans le monde, en Europe et en Suisse.

Si la Plateforme Agenda 2030 se félicite de l’adoption du concept de « sécurité globale » dans cette nouvelle stratégie, elle insiste sur la nécessité d’aller plus loin. Il est désormais évident qu’une approche de la sécurité centrée sur le réarmement militaire et la défense nationale est insuffisante : elle traite les symptômes sans s’attaquer aux racines de l’instabilité mondiale. Pour être véritablement efficace, la Confédération doit identifier et combattre les causes profondes qui impactent notre sécurité : l’insécurité sociale, la pauvreté, les crises alimentaires et sanitaires, la dégradation environnementale ainsi que l’absence de perspectives économiques.

Une sécurité réelle ne peut exister que là où les ressources naturelles sont protégées, les droits humains défendus, l’égalité des genres garantie et les besoins fondamentaux assurés. Dès lors, promouvoir des structures démocratiques, respecter les obligations en matière de droits humains, soutenir la diplomatie de paix et favoriser un développement juste et inclusif constitue l’investissement le plus pertinent et le plus durable pour notre propre stabilité. Quatre piliers devraient, selon la Plateforme, former le fondement de la future stratégie de sécurité.

Sécurité humaine : pour une sécurité centrée sur l’être humain
Au-delà d’une sécurité étatique centrée sur les capacités de défense militaire, la Suisse doit adopter une approche multidimensionnelle de la sécurité, ancrée dans les droits humains et le développement durable.
Le concept de sécurité englobe désormais la liberté de vivre sans crainte, la garantie des besoins fondamentaux et la possibilité pour chaque individu de réaliser son potentiel dans la dignité et la véritable sécurité se mesure à l’aune de la capacité d’une société à protéger ses membres de la pauvreté, de la faim et de la précarité, à garantir l’égalité des chances et l’équité entre les genres, et à préserver la dignité de chacun. Toute stratégie qui ferait l’impasse sur ces libertés fondamentales resterait par essence incomplète.

Développement durable : Faire des ODD un objectif stratégique de sécurité
Si la stratégie actuelle identifie la protection, la défense et la résilience comme ses trois piliers, elle omet un levier essentiel : le développement inclusif et durable en tant que mesure préventive majeure.
La crise climatique, l’effondrement de la biodiversité, mais aussi les fractures sociales sont des moteurs directs d’insécurité et d’instabilité. Si ces domaines sont laissés pour compte, les tensions s’accentuent, deviennent des risques pour la sécurité et risquent fort d’entrainer des coûts plus élevés – des coûts qui auraient pu être évités si des investissements avaient été faits plus tôt. Ainsi, investir dans l’Agenda 2030 équivaut à investir dans la résilience nationale et la prévention des conflits. Les ODD ne font pas seulement partie de la politique de développement ; ils sont également le point de départ d’une stratégie de sécurité véritablement globale pour chaque pays, y compris la Suisse.

Une société civile forte : Ramener la société civile au cœur de la stratégie
La société civile est bien plus qu’un simple « ajout » sympathique ; elle est un pilier indispensable qui mérite un soutien accru. En tant que médiatrice entre des groupes antagonistes, facilitatrice de dialogue et de collaboration, défenseure de structures démocratiques, transparentes et justes, et porteuse de projets concrets, elle apporte sur le terrain – en Suisse comme à l’international – une contribution indispensable à plus de sécurité et de stabilité. Son expertise est nécessaire pour détecter précocement les déstabilisations et mener un travail de prévention efficace. La stratégie actuelle sous-estime ce potentiel. Le rôle de la société civile doit être formellement reconnu et des mécanismes de consultation et de financement pérennes doivent être institués pour permettre son engagement effectif dans la mise en œuvre ainsi que dans l’évaluation de la stratégie de politique de sécurité.

Un financement juste : Pas de réarmement militaire financé par une hausse injuste de la TVA
Enfin, le projet du Conseil fédéral révèle une contradiction fondamentale : dans un contexte de rigueur budgétaire – avec l’adoption du programme d’allégement budgétaire 2027 –, des projets d’armement massifs se feront inévitablement au détriment des autres piliers de la sécurité, à savoir la cohésion sociale et intergénérationnelle, la prospérité économique, la coopération internationale (coopération au développement, aide humanitaire, renforcement de la démocratie et des droits de l’homme, promotion civile de la paix) ainsi que la protection du climat et de la biodiversité.
Pour garantir une sécurité à long terme, les crédits alloués à la prévention des conflits et à la protection des besoins vitaux doivent être pondérés au moins à l’égal de la capacité de défense militaire.
De plus, l’idée de financer ces mesures par une hausse de la TVA est problématique : elle pèse disproportionnément sur les ménages et constitue une injustice sociale intenable. Compte tenu d’un endettement très faible en comparaison internationale et d’un ratio d’endettement actuellement en baisse (!), la Plateforme Agenda 2030 plaide pour une réforme du frein à l’endettement ainsi que des mesures pour générer des recettes (socialement et écologiquement justes) supplémentaires, par exemple via un impôt modéré sur les grandes fortunes, couplé à la suppression du secret bancaire national.

 

Face à la vague de réarmement au niveau mondial, et particulièrement européen, la Suisse a une carte unique à jouer. En tant que pays neutre à forte vocation humanitaire et hôte de la « Genève internationale », elle dispose d’un levier d’influence considérable en investissant là où son expertise est reconnue et où les besoins sont criants : la promotion des valeurs démocratiques et des droits humains, la sécurité humaine et la lutte contre la crise climatique.

 

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Patrik Berlinger

Chargé de communication politique, Helvetas

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